Séquestration du CO2 : de lourds obstacles à franchir

29/03/2007

Mardi 28 mars, lors d'une conférence de presse parisienne, une initiative internationale regroupant pays développés et émergents a présenté ses derniers résultats sur le développement des technologies de stockage de CO2. Ses représentants américain et australien en ont profité pour convaincre de leur intérêt.

par Claire Avignon

A l'heure où Nicolas Hulot ne cesse de promouvoir une société «plus sobre » et plus économe en énergie, le ton du Forum international sur le stockage géologique de CO2 (acronyme anglais CSLF) paraît discordant. Selon John Hartwell, membre australien de cette initiative internationale et conseiller du gouvernement de John Howard, le problème n'est pas tant d'éviter les émissions de CO2 que «d'éviter leur rejet dans l'atmosphère.» Pas besoin, donc, de modifier les modes de production industriels. Il suffit de capter, transporter et stocker le CO2.

Principal argument avancé: les besoins en électricité vont encore augmenter dans les prochaines décennies, essentiellement dans les pays émergents. «Aujourd'hui encore, deux milliards de personnes n'ont pas accès à l'électricité», rappelle Thomas D. Shope, représentant du DOE, équivalent américain du ministère chargé de l'industrie. Et il apparaît impossible à ses yeux de se passer des énergies fossiles - à commencer par le charbon.

En France, la solution du stockage de carbone est peu évoquée, la production d'électricité provenant essentiellement du nucléaire, même si les grandes entreprises comme Total et Air liquide s'y intéressent de près. A l'échelle mondiale, de nombreux projets de recherche sont actuellement en cours. Ils se situent dans des pays comme l'Australie, premier exportateur mondial de charbon, et les Etats-Unis, mais aussi la Chine et l'Inde. Le CSLF compte ainsi 21 pays membres (1) plus la Commission européenne, qui représentent 75% des émissions carboniques du monde.

Mais pour imposer cette technologie, reconnue comme l'une des solutions au problème du réchauffement climatique par le Groupement intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec), d'importants obstacles doivent être franchis. Ils sont d'ordre technique â¤"le stockage doit être sûr et ce à très long terme-, économique - le surcoût sur la production d'électricité évalué à environ 50% doit s'abaisser au moins jusqu'à 10%-, et social.

Et c'est peut-être là que le bât blesse. Il est déjà difficile de faire accepter la construction d'une centrale électrique à des riverains, en Europe, et aussi dans les autres régions du monde, mais l'acceptabilité pourrait être encore davantage compromise pour un stockage de CO2. Les spécialistes du CSLF se disent confiants quant à la sécurité de la technologie, refusant de comparer ce type de stockage à celui des déchets radioactifs. Néanmoins, l'accident du lac de Nyos (Cameroun) dont le dégazage brutal a causé, en 1986, plus de 1.700 morts a marqué les esprits.

Pour calmer ces craintes, les membres du CSLF évoquent l'importance de la réglementation. «L'Australie s'intéresse particulièrement à la création d'un cadre réglementaire qui est nécessaire pour instaurer la confiance dans cette technologie», indique ainsi John Hartwell.

Dernier point majeur: le transfert de technologie entre les pays développés et émergents. Le Forum s'est engagé à le favoriser, tout en reconnaissant que certains processus seront protégés par la propriété intellectuelle.